Raphiloup Story's
Mr Philippe Manon
Capitainerie 83606 Port-Fréjus Cedex
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 le LOUP (également appelé BAR) |
LE RAPHILOUP, LE POISSON QUI REND FOU ... LE PECHEUR !!!
Il était une fois, le 29 novembre 1995 ! Journée qui encore me poursuit et que je ne suis pas prêt d'oublier: "une traîne au loup"... |
J'affectionne particulièrement ce poisson. Sa pêche est en soi une véritable aventure car, pour la réussir, il faut aller traquer directement l'animal sur ses postes de chasse, bien souvent dans très peu d'eau, au ras des roches et des plages. Il est bon de préciser que l'usage d'un sondeur est vivement conseillé, surtout lorsque la houle se manifeste.
16 heures, Franck, Fabien, Natacha et moi-même préparons minutieusement le matériel, à savoir: 4 cannes armées de trois "Rapala" de 9 cm et 10 cm et d'un "Raphiloup" (poisson-nageur de fabrication personnelle) de 13 cm, qui m'est destiné.
16h30, appareillage, cap au large; les passes franchies, mise en oeuvre de la traîne... quelques minutes seulement après le début de la pêche, un moulinet se met à chanter: "Ah ! que j'adore ce son" comme d'autres préfèrent celui du cor au fond des bois. "Pas croyable, m'exclamais-je, c'est le Raphiloup !"
La canne bien en main, je ferre le poisson. J'en suis certain, j'ai à faire à un loup: ses coups de tête, très reconnaissables sont significatifs. Je l'amadoue le mieux possible, je tente de le récupérer par une manoeuvre auguste et sereine... mais il se décroche. Ce n'est pas pour cette fois !
La traîne se poursuit et les postes susceptibles d'abriter le carnassier sont explorés tour à tour. Une heure passe, toujours pas de touche; l'inquiétude nous gagne; la côte devient triste, nos visages aussi. Puis soudain, un moulinet donne l'alerte: "tout le monde sur le pont, aux postes de combat" crie-je ! "C'est encore le Raphiloup, royal !"
J'ôte la canne de son support et d'un geste ample et appuyé, tel le semeur dans les plaines de Beauce, je ferre le poisson. "Vite ! il faut retirer les autres cannes", Franck s'en charge. Je sens le poisson en défense, il est puissant et travaille tout en finesse; plusieurs fois, il coupe son effort, puis il repart de plus belle, emballant littéralement le moulinet, prenant au passage une vingtaine de mètres de fil. Il se bat farouchement: ce n'est plus un loup, c'est Moby Dick !
Mon coeur embraye la vitesse supérieure, le sang afflue à mes tempes, l'espérance me gagne... "Quelle belle pièce, me dis-je, au moins 4 kg", rude combat... Mais mon adversaire demeure toujours invisible. Je scrute la mer sans résultat, j'essaie de deviner les pensées du loup en question.
La réalité reprend ses droits: le carnassier coupe son effort, se précipite vers le bateau, m'obligeant, par cette action, à reprendre au plus vite le mou de la bannière. "Petit malin", me dis-je, en serrant encore plus fort ma canne. La lutte se poursuit jusqu'à son but final; dans un effort étourdissant, le loup libère son agressivité et profite de cet éclat pour reprendre 30 mètres... le sillon plie sous l'effort, le frein bien réglé, annule cette manoeuvre... le combat est acharné, mais les armes commencent à se taire. Le poisson, fatigué, apparaît en surface, nageoire dorsale à ciel ouvert: "ventre Saint-Gris! voilà le bestiau". Estimation rapide de son poids: entre 4 et 5 kg; "la plus belle prise de loup jamais réalisée depuis mon premier bouchon...".
Mon plaisir est intense ... folie d'un moment de grâce, rêve pratiquement réalisé dans la vaine conquête de l'impossible... Moi, Philippe, fils de Bernard, petit fils de Pierre, je viens de réussir la pêche miraculeuse, loin du lac de Tibériade... L'émotion est à son paroxysme ! je ne suis plus le capitaine Achab, Moby Dick est là, à quelques mètres du plat-bord, offrant au jour déclinant, le scintillement de ses écailles argentées. Franck, salabre en main, le regard dur, fixé sur la proie offerte, est paré... les enfants, yeux ouverts, vrillés aux abyssales contemplent le poisson enfin maîtrisé, tendant son souffle court vers l'embarcation. L'épuisette est là, fixe, tendue, salvatrice. Encore quelques tractions et... "Ô rage ! ô désespoir, ô... aux armes citoyens !" Je n'ai rien compris; en un éclair, le soir de gloire est réduit à néant. Malencontreusement, le "Raphiloup", unique objet d |